Conférences

 

Sorbonne - Paris V

23-24 septembre 2005

Colloque de sociologie du travail : "Exister en entreprise"

Un investissement corps et âmes. Sport et ressources humaines en entreprise

Selon un certain nombre de sociologues, le début des années 1980 marque l’avènement d’un culte de la performance, nouvelle idéologie qui traverse l’ensemble des espaces sociaux, notamment le monde de l’entreprise. La prise en compte du facteur humain apparaît comme un facteur déterminant d’augmentation de la productivité, dans un contexte où se mêlent mondialisation libérale et autonomie du salarié. La transformation de "l’homme" en "ressource humaine" en témoigne. Exit l’exploitation taylorienne et le despotisme patronal du XIXème siècle serait-on tentés de penser. Dans une société obsédée par la pression sociale du chômage et l’effroi qu’il suscite (Castel, 2003), les salariés sont contraints à s’investir davantage d’un point de vue moral. La demande actuelle tente alors de lier harmonieusement épanouissement du personnel et éthique managériale. Face à un marché devenu hyper-concurrentiel, l’un des concepts à appliquer pour atteindre l’excellence est celui de « l’entreprise-athlète », composée elle-même « d’athlètes de l’entreprise » . Symbole de la compétitivité économique, le sport fait figure de modèle. Il apparaît même comme un outil de gestion des ressources humaines. L’esprit d’équipe, le goût de l’aventure, la stratégie, l’esprit de compétition, du dépassement de soi, l’abnégation et l’efficacité ne sont-elles pas des valeurs communes à ces deux espaces ? Quelque soit leur position hiérarchique, on attend des salariés d’avoir un esprit sportif, d’être des gagneurs, de s’identifier à un sportif de haut niveau, bref, d’être guidés par la logique de la performance.
Comment le sport peut-il agir sur l’investissement humain dans l’entreprise ? Quelles sont les particularités du recours à l’outil « sport » et en quoi l’usage de ce dernier semble particulièrement opportun et efficace ? Peut-on assimiler le sport à un nouvel instrument d’exploitation intensive des ressources humaines ? A contrario, favorise-t-il l’autonomie du salarié ?
Nous tenterons de répondre à ces questionnements en nous appuyant sur les résultats de deux études de cas, en l’occurrence l’analyse des sociétés Adidas France et Nestlé France. Ces monographies d’entreprises montrent que le sport dispose d’une pluralité d’atouts indéniables au service de l’entreprise moderne : il agit sur le corps (salles de fitness, stages outdoor, associations sportives d’entreprise) et sur l’âme (support de diffusion de l’idéologie du dépassement de soi). Les connotations positives qui lui sont associées encouragent le développement de l’auto-motivation, à l’heure où la créativité et la réactivité sont les maîtres-mots des managers. Le sport intervient comme un formidable instrument de mobilisation du personnel, d’adhésion (aux valeurs de la marque, à la culture d’entreprise, à l’idéologie du culte de la performance, etc.), mais aussi comme un accélérateur du processus de subordination déjà bien implanté. A cet effet, le sport soulage en apparence les salariés de la pression qu’ils subissent au quotidien, alors qu’en réalité, il participe in fine à un renforcement de la servitude volontaire, voire de la domination symbolique qui s’exerce sur les salariés.

 

Nantes

24-25-26 octobre 2005

3è Congrès International de la Société de Sociologie du Sport de Langue Française : "Le sport : entre intérêts publics et appropriations privées"

Les dispositifs sportifs comme outils de consentement au travail. Entre identification et contrôle social

La conjoncture économique et sociale des années 1980 est caractérisée par une intensification notable du travail dans les organisations marchandes, et plus particulièrement au sein des entreprises (Dhondt, 1998). Ces dernières ayant peu ou prou accès aux mêmes avancées technologiques, la compétition se joue désormais davantage sur le terrain de l’investissement humain. Le service des ressources humaines des entreprises dispose d’une pluralité de dispositifs et d’outils permettant de mobiliser de façon optimale les salariés. A l’inverse de bon nombre d’avantages sociaux, le recours au sport n’apparaît pas – a priori – comme un élément destiné à accroître la productivité des collaborateurs de l’entreprise. Par ses propriétés physiques et symboliques, le sport constitue une référence fiable sur laquelle une entreprise peut bâtir sa stratégie managériale. Il possède de multiples atouts indéniables au service de l’entreprise et agit à la fois sur le corps – salles de fitness, incentive, associations sportives, etc. – et sur l’âme – développement du culte de la performance (Ehrenberg, 1991), idéologie du dépassement de soi, etc.
En mettant en œuvre différents avantages sociaux, les « cravatés du profit » (Le Goff, 1995) sont, au moins en apparence, pavés de bonnes intentions. Ainsi, la possibilité de pratiquer une activité physique in situ peut apparaître pour les salariés comme un privilège. A l’inverse, le sport – pris dans ses acceptions physiques et symboliques – peut aussi servir les intérêts du management des ressources humaines. A l’image d’un paradoxe trivial – l’entreprise met en place des structures sportives pour pallier le stress qu’elle génère elle-même –, nous voudrions montrer que le sport, tel un Janus, comprend certes un aspect bénéfique pour les salariés, mais qu’il comporte aussi une face cachée susceptible d’engendrer des effets contraires pour ces derniers. Pour cela, nous chercherons à mettre à jour la véritable nature de l’investissement sportif des entreprises. Autrement dit, la volonté de satisfaire les employés traduit-elle des intérêts d’ordre strictement économiques ? Pris comme outil pratique et comme modèle théorique, le sport n’est-il pas un dispositif (au sens de M. Foucault) facilitant le contrôle social des individus et permettant de réduire l’imprévisibilité du facteur humain (Villette, 1988) ?
Cette communication vise à prendre comme terrain d’enquête des organisations particulières, en l’occurrence les entreprises qui ont recours au sport comme outil de mobilisation et de gestion des ressources humaines. La réflexion se base sur l’étude des sociétés Adidas France et Nestlé France. A la lumière de ces deux monographies, nous tenterons tout d’abord de tester l’efficacité matérielle et symbolique du sport, utilisé à la fois comme un outil et un modèle, avant de questionner ses possibles effets (physiques et psychologiques) sur les collaborateurs des sociétés étudiées. Par la suite, nous verrons quels sont les discours des cadres concernant cet outil managérial et la réception de ces discours par la cible, à savoir les salariés. La question du consentement des employés (c’est-à-dire de leur degré de liberté) sera abordée et nous permettra de mettre en relief différents rapports à cet outil managérial. En effet, le recours au sport comme outil de mobilisation du personnel est interprété et vécu différemment par les salariés en fonction de leur trajectoire personnelle, de leurs propriétés socioculturelles et de leur position dans l’entreprise. Nous chercherons in fine à évaluer les limites et les avatars de cet outil pour les salariés. Nous devrions mettre en évidence le fait que l’utilisation physique et métaphorique du sport facilite l’instauration d’un « culte du privilège » chez les salariés, ce qui aurait pour corollaire de créer chez eux un sentiment de dette vis-à-vis de l’entreprise, transformant ainsi le sport en instrument de renforcement du contrôle social. A ce titre, ce sont essentiellement les propriétés symboliques et les valeurs qu’il véhicule qui en font un outil particulièrement efficace puisque désintéressé a priori de toute activité lucrative cynique. Même s’il soulage en apparence la pression subie par les salariés au quotidien, le sport renforce, d’une certaine manière, la servitude volontaire qui s’exerce sur les salariés.

 

Strasbourg

17 mars 2006

Journée d'études "L'institutionnalisation des pratiques sportives et de loisir"

Le sport en entreprise : une contribution paradoxale à la production de lien social

Le discours commun tend à inscrire au rang d’évidence les effets bénéfiques de l’activité sportive pratiquée dans le cadre de l’entreprise, et notamment sa capacité à créer du lien social. Ainsi, le sport permettrait d’accroître significativement les réseaux de communication et les connexions entre les salariés, ce qui aurait des répercussions en termes de rendement pour l’entreprise. Le concept d’institution totale, forgé par Goffman (1968), nous invite à focaliser ici notre attention sur les procédés par lesquels certaines organisations – au premier rang desquelles l’entreprise – s’efforcent de mobiliser les salariés et de créer ainsi une cohésion interne. Même s’il semble trop fort dans le cadre de notre étude – on ne saurait comparer une entreprise à un asile, une prison ou un camp de concentration – il permet, en l’appliquant à l’entreprise, de questionner les effets de l’introduction d’un dispositif sportif (au sens de Foucault) sur le lien social. L’entreprise va donc être analysée comme une organisation permettant, par cette mise en institution des pratiques de loisir, de reconsidérer une forme particulière de socialisation.

Nous verrons, en analysant les entreprises Nestlé et Adidas comme des institutions qui développent des pratiques et des discours sur le sport, que ce dernier, lorsqu’il est pratiqué in situ, ne remplit pas forcément toutes les vertus que lui accorde généreusement le discours managérial. Nous démontrerons que le sport peut, de surcroît, être dans certains cas à l’origine de la perte de lien social.

 

Strasbourg

23 novembre 2006

Séminaire de l'Équipe d'Accueil en Sciences du Sport (n°1342)

Le recours au sport dans les entreprises : du patronage à la gestion des ressources humaines

Du nécessaire détour par l’histoire sociale
Il n’existe pas de forme de recours au sport en entreprise qui soit indépendante des conditions de son émergence et des croyances qui y sont liées. C’est une illusion formaliste que de le croire. Or, les idées ont une histoire, un passé, parfois même un lourd héritage qu’il faut considérer comme autant de facteurs explicatifs ayant peu ou prou influencés la configuration actuelle du sport en entreprise. Une approche diachronique permet d’intégrer une dimension comparative à l’étude et de répondre à la question : en quoi le contexte général passé est-il fondateur d’un état présent ? L’intérêt de cette communication est de montrer que la configuration actuelle du sport en entreprise est le fruit d’une histoire faite de ruptures, de mutations, de conflits, d’accumulation de croyances, d’idées et de savoir, etc.
Nous le verrons, l’histoire du sport et de son recours par les entreprises est éminemment complexe et forme une nébuleuse, tant le sport n’apparaît pas ex abrupto en entreprise et tant son histoire s’enracine dans d’autres histoires et dépend de contextes variés. A tel point que toute tentative de décrire sa genèse se heurte à la tentation d’écrire plusieurs histoires : celle de l’avènement des sports modernes, celle du sport catholique et des patronages, celle du mouvement sportif ouvrier, celle des industries et du processus d’industrialisation, celle du paternalisme. Bref, ce qu’il convient de retenir ici, c’est que la croissance du sport en entreprise est cahoteuse.
Pour entrer dans le vif du sujet, on est logiquement conduit à se demander comment naît et se développe l’idée d’une fonction positive de l’exercice physique dans le cadre de l’industrie productive ? Comment passe-t-on d’un système capable de faire abstraction du recours au sport à une utilisation qui tend à se généraliser ? Quels sont les éléments (externes, mais aussi propres au monde industriel) qui ont déclenché puis favorisé l’introduction du sport dans l’entreprise ? Quels sont les facteurs qui permettent ce basculement et dans quelles conditions ce dernier s’opère-t-il ?
L’analyse contextuelle doit se doubler d’une réflexion de type fonctionnaliste. Aussi faudra-t-il se demander quels sont les enjeux qui motivent les entreprises à recourir au sport. Peut-on parler d’instrumentalisation ? Quels sont les positions et surtout les discours (les justifications) des patrons par rapport à cet usage, c’est-à-dire leurs prises de position ? Cette approche diachronique permet finalement d’intégrer une dimension comparative à l’analyse (ruptures de rythme, permanences, conflits, invariants, etc.).

 

Présentation du plan de l'intervention :

I. Avant 1890 : entre signes précurseurs et freinage de l’entreprise
        1. Le terreau sportif français à la fin du XIXè siècle
                - Importation, implantation et mise en institution des pratiques sportives
                - Le sport au service de la lutte des classes
        2. Les patronages et le sport, entre discipline et contrôle
                - Objectifs assignés et enjeux idéologiques, politiques et sociaux
                - L’avant-garde du sport en entreprise
        3. La résistance de l’entreprise avant 1890
                - Pratiques marginales « entre soi »
                - Rapports au temps et durée du temps de travail, des facteurs rédhibitoires
II. Des traces embryonnaires à l’éclosion du sport en entreprise
        1. Une pénétration balbutiante, de 1890 à 1919
                - Sensibilisation accrue au sport et décollage de la production en entreprise
                - Amélioration des conditions de travail et diversification des œuvres sociales
                - Histoire d’une distinction. Le cas du sport ouvrier
                - Genèse des clubs corporatifs et développement d’un modèle américain du sport en entreprise
        2. L’affirmation du sport en entreprise, des "années folles" au Front Populaire
                - Initiatives et influences socialistes. Vers un "sport rouge d’entreprise" ?
                - Diversification des usages : un sport à deux vitesses (l’exemple de Peugeot)

III. Le paternalisme ou comment légitimer le recours au sport
        1. De l’éducation physique à l’éducation morale
        2. Des patrons pratiquants
        3. Entre moralisme d’ingérence et dessein de contrôle
                - Objets et effets des politiques paternalistes

                - L’intentionnalité des patrons en question
                - Trajectoires croisées et développement d’un "bluff philanthropique"
IV. 1936-1980 : démocratisation, syndicalisation, institutionnalisation
        1. Une politique étatique active
        2. Au lendemain de la guerre : la « Libération » du sport en entreprise
                - La création des comités d'entreprises

                - … ou l’espoir de réconcilier les "as" et la "masse" ?
        3. Sport et syndicalisme d’entreprise : genèse des rapports, conflits, enjeux
                - Phase embryonnaire : le sport, meilleur ennemi du syndicalisme
                - Un positionnement syndical paradoxal
                - A partir de 1947 : la « guerre froide » entre patronat et syndicats
        4. De l’ACC à la FFSE, le sport d’entreprise s’institutionnalise
        5. Tertiarisation croissante et déclin du sport associatif d’entreprise
                - Modification de la composition de la population active
                - Vers un nouvel usage du sport en entreprise

V. La société post-industrielle ou le nouvel âge du sport en entreprise

        1. De 1980 à nos jours. Des stages outdoor au sport in situ
                - Le mythe de l’imprévu programmé
                - Séminaires d’incentive et activités de team building
                - Des modèles sportifs pour modeler les cadres
                - Une nouvelle tendance : la pratique libre

        2. Le sport au service des ressources humaines
                - Le paternalisme est mort. Vive le néo-paternalisme !
                - Rémunération symbolique du sport et culte du privilège

 

 

Valence

29 mai 2007

4è Congrès International de la Société de Sociologie du Sport de Langue Française

Avec Lilian PICHOT

Le lien social par le sport en entreprise. Types de régulations et usages du sport en question

A l’heure de la recomposition des relations sociales et du délitement des différentes formes de solidarités dans l’espace privé (Linhart, 2004), le sport en entreprise offre de possibles configurations censées pallier le mouvement généralisé de repli sur soi. Même s’il paraît exagéré d’affirmer que les activités physiques et sportives créent ex nihilo du lien social en entreprise (Sainsaulieu, 1991 ; Segrestin, 1992), elles n’en contribuent vraisemblablement pas moins à agir sur les rapports sociaux. Entendue comme un lieu de socialisation (Piotet, Sainsaulieu, 1994), l’entreprise favorise-t-elle, par ses politiques d’œuvres sociales et par ses actions à caractère sportif de mobilisation des ressources humaines, la création de nouvelles formes de solidarités internes ? Les différentes modalités de mises en œuvre du sport traduisent plusieurs formes de sociabilités et révèlent des mécanismes de régulation variables et associés (Reynaud, 1989). Il s’agira de savoir si ces formes de socialisation par le sport, qu’elles se réalisent par intégration progressive des normes sociales qui préexistent et s’imposent aux individus (Durkheim, 1930) ou qu’elles correspondent aux interactions, à leurs attentes et leurs orientations réciproques (Weber, 1971), ne facilitent pas l’expression voire la formation de systèmes de croyances, de valeurs. En prenant comme terrain d’investigation des entreprises de secteurs d’activités différents, notre étude s’attache à mettre en évidence les ressorts de nouvelles affiliations au sein de l’entreprise médiées par le vecteur sportif, la constitution de réseaux singuliers de relations communautaires.

 

 

Toulouse

11-12 octobre 2007

Colloque International « Sport et communication »

Avec Fabrice BURLOT et Lilian PICHOT

Les ressorts de la culture d’entreprise adossée aux symboliques sportives

Dans le cadre de la « sportivisation de l’économie » et de « l’économisation du sport » accentuées au cours des années 80 (Andreff et al., 1989 ; Bourg et Gouguet, 1998 ; Andreff et Nys, 2001), bon nombre d’entreprises dont l’activité n’avait pas de relation directe avec le champ sportif ont progressivement investi cet espace. Au nom d’une politique de communication institutionnelle qui visait entre autres à valoriser leur image, elles se sont engagées dans le sponsoring sportif et ont mis en place concomitamment des actions pour mobiliser leur personnel en interne (événements sportifs, raids interentreprises, séminaires de formation exploitant des mises en situation sportives, etc.). Les stages outdoor (Fourré, 1999) remplacés par l’incentive et le team building (Burlot et Pichot, 2004) consacrent, en même temps qu’ils illustrent, un nouveau mode d’utilisation du sport et de ses supposées valeurs – culte de la performance, esprit d’équipe, courage, abnégation, dépassement de soi – (Ehrenberg, 1990 ; Heilbrunn, 2004). Pour ne citer qu’elles, les analyses d’Ehrenberg (1991), de Pociello (1999) et de Defrance (2000) ont en effet montré que le sport était pourvoyeur de valeurs et les entreprises trouvent d’ailleurs dans ces puits métaphoriques une rhétorique et des symboles précieux pour motiver les salariés. Dès lors, on est conduit à se demander si le sport suscite des représentations qui permettraient aux entreprises de mobiliser leurs salariés. Comment les entreprises exploitent-elles les images sportives et parviennent-elles à « fabriquer » l’appartenance individuelle (le sentiment personnel de faire partie de…) et/ou collective des salariés à partir de ces images ? Quels sont les effets attendus par les entreprises à vouloir exploiter les valeurs et les symboles sportifs (le sport, le sens pratique, l’agir communicationnel, le pouvoir symbolique des sportifs professionnels…) ?
Une approche systémique du contexte d’actions des entreprises engagées dans la communication sportive nous permet d’objectiver les ressorts contingents, internes et externes aux entreprises, de la formation d’une « culture d’entreprise » susceptible de faire adhérer les salariés à un projet d’entreprise. Une sociologie de la culture des groupes sociaux et des dispositions des acteurs sociaux (décideurs et salariés) à l’égard du fait sportif doit être envisagée pour comprendre l’implication salariale dans des projets sportifs faisant partie de la communication interne. Pour cette recherche, nous nous appuyons sur deux types de données. D’une part, nous exploitons plusieurs monographies d’entreprises engagées dans le sponsoring sportif – parmi lesquelles Apple, Crédit Immobilier de France, Nestlé France, Würth, Lilly France, Steelcase International –, dans l’organisation d’événements sportifs à destination de leurs collaborateurs (pratiques sportives, team building, conférences de coachs sportifs, etc.). D’autre part, nous analysons des discours et des interviews extraits de supports d’information écrits (sites Internet, presse économique spécialisée, etc.) et réalisés avec plusieurs conférenciers en entreprise (A. Jacquet, S. Diagana, M. Marle), le plus souvent ex-managers ou sportifs de haut niveau.
 

 

Strasbourg

8-9 novembre 2007

Journées d’Études « Identités au travail et cultures d’organisation à l’épreuve des mutations économiques » - AFS (RT25)

La construction d’une communauté alternative par le sport. L’exemple de l’entreprise Steelcase

Les sociologues du travail et des organisations s’accordent à dire que les années 1990 marquent une intensification notable du travail dans les entreprises (Gollac & Volkoff, 1996 ; Dhondt, 1998 ; Jeannot & Veltz, 2001, Askenazy, 2004). Derrière une autonomie en apparence renforcée se cache une pression croissante qui touche prioritairement les cadres. Leur récente mise en lumière médiatique ne doit toutefois pas conduire à imaginer que les entreprises ne souhaitent pas compenser les déséquilibres psychologiques et sociaux qu’elles génèrent chez leurs salariés. Sans répondre pour autant à un devoir d’ingérence comme à l’heure du paternalisme, ces dernières s’attèlent, dans l’héritage de l’école des relations humaines d’Elton Mayo, à considérer davantage leur capital humain (Becker, 1962 ; Hiltrop, 1999) et à mettre à la disposition des salariés une offre de services de plus en plus complète et variée (bibliothèque, salle de sport, crèche, conciergerie d’entreprise, etc.). Si l’idée que l’identité d’entreprise des salariés s’inscrit dans un cercle vertueux combinant forte contribution et forte rétribution (Benoît-Guilbot, 1965) n’est pas propre au XXIè siècle, l’existence d’un véritable marché des services aux salariés en entreprise est bien une spécificité de l’ère moderne. Parmi les avantages sociaux dont disposent les entreprises pour (re)motiver leurs salariés, le sport fait figure d’outil idoine en ce sens où, drapé de représentations positives (Defrance, 2000), il illustre l’idéologie compétitive liée à la performance (Ehrenberg, 1991 ; Le Goff, 1995 ; Heilbrunn, 2004 ; De Gaulejac, 2005) et peut devenir un outil de management des relations humaines (Pierre, 2006). Même si les liens entre « le sport » et « l’entreprise » constituent une réalité subjective en partie construite par les agents sociaux, il n’en demeure pas moins que de nombreuses entreprises proposent actuellement une offre plurielle d’activités sportives.
A l’heure où les sociologues évoquent la dissolution des solidarités professionnelles (Linhart, 2004), le sport doit-il être appréhendé comme un outil managérial permettant la création de nouvelles communautés en entreprises ? Permet-il à certains salariés d’exister dans l’entreprise, autrement que par leur lien contractuel, et ainsi de se forger une nouvelle forme d’identité professionnelle ? Le recours au sport doit-il être appréhendé comme une volonté managériale de choyer les salariés, en réponse à la panne de reconnaissance en entreprise (Eme, 2004) ?
Une analyse in vivo de plusieurs mois dans la société Steelcase (observation participante, analyses quantitative et qualitative), complétée par deux études monographiques menées chez Nestlé et Adidas, permettra d’identifier les fonctions du sport en entreprise et d’appréhender ses effets – escomptés ou supputés – sur les mécanismes de construction identitaire des salariés.
 

 

Rouen

22 novembre 2007

Journée d’Études « Le récit sportif »

Avec Fabrice BURLOT et Lilian PICHOT

Les discours tenus sur le sport par les entreprises dans leur politique de communication et de gestion des ressources humaines : les usages sociaux, politiques et managériaux du fait sportif et des rhétoriques

En prenant appui sur sept entreprises qui ont comme caractéristique commune d’avoir recours au sport dans le cadre de leur politique de communication institutionnelle et de leur politique de gestion des ressources humaines, notre recherche a pour objectif de repérer les thématiques argumentatives justifiant la mise en œuvre des actions autour du sport à travers les discours tenus par les principaux acteurs décisionnaires et les récits qui y sont associés.
Pourvoyeur de valeurs, le sport est utilisé par les entreprises qui trouvent dans ces puits métaphoriques une rhétorique et des symboles précieux pour lier et relier les salariés entre eux, les motiver au travail. Dans quelle mesure les représentations construites et valorisées dans les discours autour de la dimension symbolique du sport participent-elles à l’identité de l’entreprise et à la mobilisation des salariés ? Comment les entreprises s’approprient les activités et les images sportives qu’elles exploitent ? Quelles sont les arcanes des discours sur le sport, sur ses valeurs, sur ses images et sur ses symboles (l’esprit de compétition, la performance, l’esprit d’équipe, l’agir communicationnel, le pouvoir symbolique des sportifs professionnels) permettant de « fabriquer » l’appartenance individuelle et/ou collective des salariés, la cohésion et de générer la mobilisation et la motivation au travail ?
Notre recherche montre comment les discours désignent le sport et ses pratiques comme un ingrédient de l’identité d’entreprise et à ce titre comment le sport remplit une fonction politique en contribuant à produire de la cohérence et de l’unité à l’échelle organisationnelle. Les décideurs parlent du sport en tant que fait social neutre et consensuel en vue de transférer les vertus qui lui sont attribuées à l’entreprise.
Parallèlement, les usages managériaux qu’offrent les mises en situations sportives et qui sont relatés dans les discours révèlent que le sport est un outil du management dans le cadre de la gestion des ressources humaines. La fonction managériale du sport comprend alors la motivation et la formation du personnel. En faisant appel à des consultants représentant des modèles de réussite sportive, les entreprises agissent à l’échelle des individus sur le registre conatif, sur les compétences individuelles en termes de savoir-faire et de savoir-être.
 

 

Lille

10-12 décembre 2007

Colloque International « Sport et Travail »

Aux frontières de la performance. Les valeurs du sport au service de la rhétorique managériale et de la mobilisation des salariés en entreprise

L’utilisation des valeurs du sport dans le monde de l’entreprise est loin d’être une exception de la fin du XXè siècle. Cependant, force est de constater qu’à partir des années 1980, « le sport est sorti du sport », il est devenu un état d’esprit (Ehrenberg, 1991). Dès lors, la référence au sport séduit plus que jamais bon nombre de managers qui puisent dans les réservoirs symboliques du sport (Ohl, 1994, Hetzel, 2002) autant de valeurs et d’analogies avec l’univers entrepreneurial. Les années 1990 marquent l’avènement d’un néo-management caractérisé par l’idéologie de la performance. L’ère des gagneurs est arrivée et les modèles de références dans l’univers du sport et dans celui de l’entreprise sont semblables (Missoum, Minard, 1990). Dans ce contexte, les entreprises font du culte de la performance (Ehrenberg, 1991 ; Le Goff, 1995 ; Heilbrunn, 2004 ; De Gaulejac, 2005) leur nouveau credo et tissent des liens entre ces deux espaces. Dans une société où se mêlent vogue du sport, valorisation de l’aventure et glorification du self-made-man, l’excellence s’atteint désormais dans l’entreprise-athlète, composée d’athlètes de l’entreprise. Il reste à savoir ce que traduit précisément l’utilisation des valeurs sportives en entreprise. Quels sont les enjeux du recours à la métaphore sportive dans le processus de mobilisation du personnel ? Quels sont les effets escomptés ? Comment s’élabore l’idée d’un transfert de compétences entre l’univers sportif et celui de l’entreprise ?
Une analyse lexicale et thématique – ainsi qu’une veille thématique de différents types de presse – d’articles traitant du sport dans 13 revues de management, destinées aux cadres d’entreprise de 1990 à nos jours, permet d’objectiver les ressorts de la mobilisation des salariés par la rhétorique sportive. Par ailleurs, des interviews exclusives de conférenciers en entreprise – A. Jacquet, S. Diagana, G. Mermet et M. Marle – parachèvent l’analyse.
 

 

Metz

7 mai 2008

Journée d'Études sur "L'évolution des modalités d'encadrement dans et par le sport. État des lieux et trajectoires comparées"

L’activité sportive comme mode de gouvernance des corps en entreprise, vers une symbolisation de l’encadrement ?

Après avoir succinctement dépeint les formes dominantes de l’encadrement dans les entreprises modernes et souligné les injonctions managériales encourageant l’autocontrôle des salariés, cette contribution interroge les spécificités du recours aux activités sportives comme mode de gouvernance des corps et des âmes. Il s’agit de montrer, en empruntant la théorie virbelienne de la performativité inversée, que l’encadrement des salariés par l’entremise du sport revêt une dimension symbolique pouvant directement servir mais aussi desservir les intérêts des dirigeants et de leurs subordonnés. En ce sens, la pratique sportive en tant que telle encadrerait moins que la possibilité de pouvoir pratiquer.
Par l’analyse d’une offre de service originale aux salariés – « le » sport se pare de multiples oripeaux symboliques –, l’objectif reste de contribuer à étayer l’hypothèse d’une « symbolisation » des normes d’encadrement en entreprise.
 
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